Deux personnes entament 2027 avec la même liste de dix objectifs. En décembre, l’une en a atteint sept, l’autre aucun, et ce n’est pas une question de discipline. Simplement, les objectifs de la première étaient les siens, ceux de la seconde étaient les bons. Les bons objectifs font bonne figure, on n’a pas honte de les montrer, mais on ne peut pas les désirer assez longtemps pour aller avec eux jusqu’au printemps.

Cet article explique comment distinguer les uns des autres. Il contient dix objectifs sur lesquels repose d’ordinaire une bonne année, un par grand domaine de la vie. Mais l’essentiel n’est pas la liste, c’est la méthode : comment, dans n’importe quelle longue énumération, la nôtre de cent objectifs ou la vôtre, retenir les dix que vous allez réellement mener à bien.

Pourquoi dix

Trois objectifs, c’est trop peu, non pas parce que l’on serait capable de plus, mais parce que trois objectifs portent presque toujours sur le travail, l’argent et le corps. L’année passe, les objectifs sont même atteints, et pourtant on a l’impression qu’il n’y a pas eu de vie dedans : les amis ne se sont pas vus, la maison n’a pas changé, rien n’a bougé à l’intérieur.

Trente objectifs, c’est l’autre extrême. Ils ne tiennent dans aucun agenda, et dès mars la liste se met à travailler à l’envers : non plus à guider, mais à rappeler tout ce qui n’est pas fait.

Dix à douze objectifs, c’est la largeur qui permet de couvrir tous les domaines importants tout en avançant sur chacun au moins une fois par mois. Ce chiffre n’a rien de sacré. Mais l’expérience de ceux qui planifient leur année depuis un certain temps converge à peu près là.

Dix objectifs sur lesquels repose l’année

Ce n’est pas votre liste. C’est une ossature : dix objectifs, un par domaine, chacun choisi non parce qu’il est le plus ambitieux, mais parce que sans lui les autres objectifs du domaine ne fonctionnent pas. Ci-dessous : de quoi il s’agit, pourquoi il sert d’appui et comment le rendre concret. Si vous cherchez une méthode générale pour n’importe quel objectif, et pas seulement ces dix-là, elle se trouve dans le guide à part sur les objectifs SMART.

1. Remettre le corps en ordre : bilan de santé et sommeil

L’objectif d’appui de tout le domaine de la santé n’est ni un marathon ni des abdos en tablette, mais deux choses ennuyeuses : savoir ce qu’il en est vraiment du corps, et dormir. Un bilan médical complet, repoussé depuis des années, et trente nuits de suite au lit avant minuit. Tout le reste dans ce domaine, la course, la salle, l’alimentation, repose sur ce socle ou s’effondre sans lui.

Pour le rendre concret : prendre rendez-vous pour le bilan avant la fin janvier, et caler le mois de sommeil en février, quand les bonnes résolutions du Nouvel An se sont essoufflées et que l’on voit ce qui tient vraiment.

2. Se constituer un matelas financier

Pas doubler ses revenus ni s’enrichir en bourse, mais mettre de côté une réserve équivalant à trois mois de vie. Cet objectif est un appui parce qu’il change non pas la somme sur le compte, mais votre façon de décider : celui qui a un matelas dit non à un mauvais projet, change de travail au bon moment et refuse ce qu’il ne faut pas accepter. Tout ce qui touche à la carrière et à l’argent devient plus facile quand on a trois mois de liberté.

Pour le rendre concret : calculer le montant, programmer un virement mensuel et ne pas toucher au compte avant décembre.

3. Un rituel non négociable avec ses proches

Le domaine des relations ne supporte pas les grands objectifs du genre « plus de temps en famille ». Il ne supporte qu’une chose : la régularité. Un seul rituel, le dîner du dimanche, la promenade du soir, le samedi matin sans écrans, qui n’est annulé ni pour le travail ni pour la fatigue. Cinquante répétitions dans l’année donnent plus qu’un seul week-end parfaitement planifié.

Pour le rendre concret : choisir un jour et une heure, les dire à voix haute à tous les participants et les défendre comme une réunion de travail.

4. Renouer avec une personne

L’amitié adulte ne meurt pas des disputes, elle meurt du « il faudrait qu’on s’appelle ». L’objectif d’appui n’est pas de « se faire de nouveaux amis », mais de rétablir un lien qui comptait et s’est perdu. Une conversation, une rencontre. Souvent, on découvre ensuite que l’autre attendait la même chose.

Pour le rendre concret : écrire un message aujourd’hui. Pas dresser une liste de dix noms, écrire à un seul.

5. Terminer une formation jusqu’au bout

Pas « apprendre du neuf », mais mener une seule chose à son résultat : un cours avec un travail final, une langue jusqu’au niveau d’un film sans sous-titres, le permis, un instrument jusqu’à un morceau entier. Cet objectif sert d’appui parce qu’il rend la confiance en sa propre capacité à aller au bout, et cette confiance est nécessaire dans tous les autres domaines.

Pour le rendre concret : en choisir un seul, fixer une date de fin et renoncer à toute autre formation tant que celle-ci n’est pas terminée.

6. Quinze minutes de création par jour

Dessiner, écrire, jouer, modeler, photographier, non pour le résultat, mais pour cette part de la vie où l’on fait quelque chose simplement parce qu’on en a envie. Cet objectif porte tout le domaine, parce que la création n’arrive pas en vacances, une fois l’an. Soit elle est dans les jours ordinaires, soit elle n’y est pas.

Pour le rendre concret : accrocher les quinze minutes à une habitude existante, après le café du matin, avant de dormir, et ne pas juger le résultat pendant les trois premiers mois.

7. Faire de son chez-soi un lieu qui redonne des forces

Ni travaux ni déménagement, mais un endroit de la maison où l’on se sent vraiment bien, et une zone qui agace depuis des années, enfin triée. Une maison redonne des forces ou en prend, il n’y a pas de troisième cas. Les autres objectifs de l’année seront menés par la personne qui rentre chez elle le soir, et le lieu où elle rentre compte.

Pour le rendre concret : choisir un fauteuil, un coin ou une table et se l’approprier en un week-end. Trier la zone qui agace, une par trimestre.

8. Un voyage qui change le regard

Pas un nombre de pays, mais un voyage dont on revient autre : en solo, sans programme, dans un endroit où l’on ne parle pas votre langue, ou dans la ville voisine où l’on n’a jamais mis les pieds. L’objectif d’appui est de sortir de sa vision habituelle du monde au moins une fois par an, car sans cela les autres objectifs se fixent toujours dans la même pièce.

Pour le rendre concret : acheter le billet avant fin janvier, même si le voyage a lieu en septembre. Un billet acheté est un objectif, un billet non acheté est un rêve.

9. Affronter une peur

De tout le travail intérieur, méditations, carnets, psys, un seul objectif sert d’appui : trouver la peur qui gouverne vos décisions et faire quelque chose avec elle. Peur du changement, de la parole en public, du refus, du vide, de la solitude. Une seule. Parfois, cinq séances chez un psychologue suffisent, parfois un seul acte que l’on évitait depuis des années.

Pour le rendre concret : nommer la peur par écrit et noter l’acte qui est impossible tant qu’elle est là. Puis accomplir cet acte ou trouver qui peut vous aider.

10. Une action régulière pour les autres

Le dernier domaine, celui de l’apport, reste le plus souvent sans objectifs, et c’est dommage. L’objectif d’appui ici n’est pas de « devenir meilleur », mais une action régulière qui aide quelqu’un : un don mensuel, du mentorat, le don du sang, l’inscription au registre des donneurs de moelle osseuse, deux heures par semaine pour une cause qui ne compte pas que pour vous. Régulier est le mot clé. Une bonne action ponctuelle est une humeur, une action régulière fait déjà partie de ce que vous êtes.

Pour le rendre concret : choisir une action et lui attribuer un jour dans l’agenda, comme à un rendez-vous.

Comment remplacer cette liste par la vôtre

Les dix objectifs ci-dessus sont une ossature, pas un mode d’emploi. Il est fort probable que trois ou quatre coïncident avec les vôtres, et vous remplacerez les autres. Voici comment le faire sans que le remplacement ne se transforme en nouveaux « bons » objectifs.

Marquez tout ce qui a résonné

Prenez une longue liste, notre liste de cent objectifs ou la vôtre, et parcourez-la en cochant chaque endroit où quelque chose a vibré en vous. Ne choisissez pas, marquez seulement. On arrive en général à vingt ou trente points, et c’est normal.

Rayez ce qui est à autrui

C’est l’étape la plus importante, et on la saute presque toujours. Pour chaque objectif marqué, demandez-vous : est-ce moi qui le veux, ou est-ce un « il faudrait » ?

Un objectif d’autrui se trahit par trois signes. Vous le formulez avec « il est grand temps » ou « c’est gênant de ne pas encore l’avoir fait ». Vous vous imaginez non pas le chemin, mais le moment où les autres apprendront le résultat. Et vous le fixez depuis plusieurs années sans avoir rien fait. Deux signes sur trois, c’est une raison de rayer sans regret. « Apprendre l’anglais », qui passe de liste en liste depuis 2019, est presque toujours un objectif de ce genre.

N’en gardez que dix

Dans ce qui reste, choisissez dix à douze objectifs. Vérifiez la répartition par domaines : si huit sur dix portent sur le travail et l’argent, ce n’est pas un plan pour l’année, c’est un plan pour le burn-out. Inutile de prendre à toute force un objectif par domaine, mais demandez-vous pourquoi certains domaines sont restés vides. Le plus souvent, c’est là que se cache ce qui manque le plus. Si le choix est difficile, les méthodes de priorisation valent pour les objectifs de vie autant que pour les tâches professionnelles.

Transformez chaque objectif en premier pas

« Apprendre la poterie » est une direction. « M’inscrire à un cours d’essai avant le 20 janvier » est un objectif qu’on peut mettre à l’agenda. Pour chacun des dix objectifs, écrivez un premier pas qui prend une heure au plus et porte une date. Un objectif sans premier pas reste un souhait, quelle que soit l’envie qu’on en a.

Répartissez par trimestre

Deux à trois objectifs pour le premier trimestre, les autres attendent leur tour. Cela protège de deux scénarios classiques : tout commencer en janvier et s’essouffler en février, ou tout repousser et découvrir en mars que rien n’est commencé.

Révisez une fois par mois

Vingt minutes en fin de mois : ce qui est fait, ce qui n’a plus de sens, ce qu’il faut ajouter. Un objectif fixé en janvier reflète la personne de janvier. Si en mai vous avez changé, la liste doit changer avec vous. Renoncer à un objectif qui n’est plus le vôtre est aussi un résultat de l’année, et pas le pire.

Comment les dix objectifs entrent dans l’agenda

Entre la liste d’objectifs et l’année vécue, il y a exactement une chose : la semaine. Un objectif qui n’est entré dans aucune semaine précise n’arrivera pas, aussi fort qu’on le veuille.

C’est pourquoi la manière la plus pratique de travailler avec dix objectifs n’est pas d’y penser à la fin du trimestre, mais de regarder la liste lors de la planification de chaque semaine et de se demander : quel pas vers quel objectif tiendra dans ces sept jours ? Un seul pas. En cinquante-deux semaines, un pas par semaine donne plus que des coups d’éclat héroïques en janvier et en septembre.

Une autre chose aide : accrocher l’objectif à une habitude déjà en place. Si vous préparez déjà votre lendemain le soir, ajoutez-y une question : « qu’ai-je fait aujourd’hui pour l’un des dix ? » Trente secondes par jour gardent les objectifs en vue mieux que n’importe quelle image motivante en fond d’écran.

Vos dix

Le plus important dans cette liste n’est pas qu’elle coïncide avec la vôtre. C’est qu’en décembre 2027 vous puissiez dire non pas « encore une fois, je n’ai rien eu le temps de faire », mais « voilà ce que je voulais, voilà ce que j’ai fait, voilà ce à quoi j’ai renoncé et pourquoi ». C’est la différence entre dix bons objectifs et dix objectifs à soi. Les bons font bien en janvier. Les siens, en décembre.

Questions fréquentes (FAQ)

Pourquoi dix objectifs, et pas trois ou trente ?

Trois objectifs portent presque toujours sur le travail et l’argent, et l’année passe à côté de tout le reste. Trente ne tiennent pas dans un agenda, et dès mars la liste n’inspire plus que de la culpabilité. Dix à douze permettent de couvrir tous les domaines importants tout en avançant sur chaque objectif au moins une fois par mois.

Comment savoir qu’un objectif n’est pas le mien ?

Trois signes. Vous le formulez avec « il faudrait » ou « il est grand temps ». Vous vous imaginez non pas le chemin, mais le moment où les autres apprendront le résultat. Et vous le fixez depuis plusieurs années sans rien faire. Deux signes sur trois suffisent pour le rayer.

Faut-il absolument prendre des objectifs dans les dix domaines ?

Non. Les dix domaines sont une carte, pas un itinéraire obligatoire. Mais si tous vos objectifs tombent dans deux domaines, demandez-vous si ce n’est pas parce que les autres vous semblent « secondaires ». C’est souvent là que se cache ce qui vous manque.

Que faire si, en avril, aucun objectif n’est commencé ?

Ne pas réécrire la liste, mais choisir un objectif et un pas pour la semaine qui vient. Le problème, ce sont rarement les objectifs. Le problème, c’est qu’ils ne sont entrés dans aucune semaine précise. Commencez par la semaine, pas par l’année.

Où trouver une longue liste pour y choisir ?

Écrire la vôtre ou en prendre une toute faite : nous avons une liste de cent objectifs pour 2027 répartis en dix domaines. La liste d’un autre ne sert pas à copier, mais de miroir : à ce sur quoi vous vous arrêtez, on voit ce que vous voulez vraiment.